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Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien : pourquoi seulement aujourd’hui ?


Le Notre Père demande du pain avec un délai de livraison étonnamment court : aujourd’hui.

La signification de « donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien » commence par une provision bien réelle. Jésus apprend à des corps qui ont faim à demander de la nourriture à un Père, et non à prétendre que le besoin physique serait seulement spirituel. Pourtant, « quotidien » traduit epiousios, un mot grec si inhabituel que son sens est débattu depuis l’Antiquité : le pain pour aujourd’hui, pour le jour qui vient ou nécessaire à l’existence. La demande fait aussi écho à Exode 16, où Israël ramasse la manne un jour à la fois, sauf la double portion prescrite avant le sabbat. La prière réunit donc le pain littéral, la dépendance de chaque jour, le partage communautaire et les lectures chrétiennes du pain spirituel. Elle ne vous oblige pas à n’en choisir qu’un.

La signification de « donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien » commence par la nourriture

La demande vient après le nom, le règne et la volonté de Dieu, puis avant le pardon et la délivrance. C’est la requête la plus visiblement ordinaire de la prière. Le pain représente la provision de base, mais il ne devient pas moins matériel parce qu’il signifie plus qu’une miche. Matthieu nomme peu après la nourriture, la boisson et le vêtement parmi les besoins que le Père connaît (Matthieu 6:25–34). Luc poursuit la prière par l’histoire d’un homme qui emprunte des pains pour un invité et par celle d’un père qui donne de bonnes choses.

Les pronoms comptent : donne-nous notre pain. Une personne dont le garde-manger est plein ne peut pas prier uniquement comme un consommateur isolé tandis qu’un autre membre de ce « nous » a faim. Les premiers commentateurs chrétiens ont souvent étendu le pain aux nécessités de la vie, et la grammaire communautaire maintient cette extension dans le concret. Demander du pain à Dieu peut conduire directement à devenir une partie de la réponse donnée à quelqu’un d’autre.

Voilà pourquoi les interprétations spirituelles ne devraient jamais effacer l’insécurité alimentaire. Si votre placard est vide, cette demande ne vous reproche pas de manquer de mysticisme. Elle donne au besoin corporel une place dans la prière que Jésus enseigne.

Un seul mot grec oblige les traducteurs à rester honnêtes

Matthieu 6:11 dit, dans une approximation très proche : « Donne-nous aujourd’hui notre pain epiousios. » Luc 11:3 emploie le même adjectif, mais demande ce pain « chaque jour ». En dehors de Matthieu, de Luc et des premiers textes qui reprennent cette prière, le mot n’offre presque aucun exemple indépendant permettant d’en établir la définition.

Trois grandes familles de traduction restent défendables. Il peut signifier le pain pour le jour présent, ce qui correspond à l’« aujourd’hui » de Matthieu et à la demande quotidienne répétée chez Luc. Il peut s’agir du pain pour le jour qui vient, ou « du lendemain », ce qui donne à la phrase une portée immédiate et peut-être eschatologique. Il peut encore signifier le pain nécessaire à l’existence, la provision suffisante pour vivre. La traduction latine de Jérôme manifeste la difficulté : supersubstantialem dans Matthieu, mais cotidianum — quotidien — dans Luc.

Ce n’est pas un code secret. C’est une véritable incertitude lexicale.

Cette incertitude ne vide pas la phrase de son sens. Chaque option sérieuse demande un pain à portée de main, reçu plutôt que possédé. Certains premiers chrétiens ont entendu dans ces mots le pain eucharistique ou celui de la fin des temps ; d’autres ont insisté sur la subsistance ordinaire. La St Andrews Encyclopaedia of Theology présente ces lectures comme une histoire de l’interprétation, et non comme une compétition dont le vainqueur serait évident.

La manne formait un peuple, un matin à la fois

Exode 16 dit que Dieu fera pleuvoir du pain du ciel et que le peuple devra en ramasser « la portion d’un jour, chaque jour ». Chaque foyer recueille selon le nombre de personnes qui mangent. Une fois les quantités mesurées, ceux qui ont beaucoup ramassé n’ont rien de trop, et ceux qui en ont peu ramassé ne manquent de rien.

Moïse leur ordonne de ne rien laisser jusqu’au matin. Certains le font pourtant, et le reste produit des vers et devient infect. Puis le rythme change le sixième jour. Ils en ramassent deux fois la quantité habituelle, la préparent et conservent le reste pour le septième jour. Cette fois, il ne devient pas infect et ne produit pas de vers. Aucune manne n’est disponible à ramasser le jour du sabbat.

Cette exception empêche une leçon superficielle. Le récit ne condamne pas toute épargne, tout reste ou toute préparation anticipée. Israël reçoit explicitement l’ordre de préparer à l’avance en vue du repos. La question est celle d’une confiance façonnée par l’instruction de Dieu : une portion lorsqu’une seule est donnée, deux lorsque deux sont prescrites, et aucune collecte quand vient le repos. Le rythme hebdomadaire étudié dans pourquoi le sabbat ne se déplace jamais donne à la provision un rythme autant qu’une quantité.

Matthieu ne dit jamais : « Cette demande cite Exode 16 » ; « écho » est donc plus prudent que « preuve ». La ressemblance canonique reste forte : du pain céleste, assez pour la journée, l’inquiétude au sujet du lendemain et un Père qui connaît le besoin. Ce que la Bible dit du temps devient étonnamment concret lorsque le moment détermine la manière de recevoir un don.

La portion d’aujourd’hui n’interdit pas une provision avisée

Exode contient lui-même le correctif. La double portion du sixième jour n’est pas une accumulation anxieuse ; c’est l’obéissance. Ailleurs, Joseph entrepose du grain en prévision de la famine, les Proverbes recommandent la prévoyance et l’Église primitive organise la distribution matérielle. Le « pain quotidien » ne peut pas signifier que chaque chrétien doit garder son placard vide ou refuser d’épargner.

Il met toutefois en cause l’illusion qu’une quantité suffisante de pain stocké peut rendre une personne indépendante de Dieu ou de son prochain. Dans la parabole de Jésus, le riche insensé n’est pas blâmé pour avoir des greniers, mais parce qu’il les agrandit tout en traitant les biens accumulés comme une sécurité pour son âme. Le Notre Père propose une autre posture : demander, recevoir, partager, recommencer.

Cela éclaire aussi « ne vous inquiétez pas du lendemain ». Planifier, c’est orienter les ressources d’aujourd’hui vers un besoin prévisible. S’inquiéter, c’est tenter de vivre l’avenir redouté avant qu’il n’existe. On peut établir un budget, conserver un repas de sabbat et continuer de prier comme une créature dépendante.

Le pain littéral peut porter une profondeur spirituelle

Jean 6 rappelle la manne et présente Jésus comme le pain de vie. Les traditions chrétiennes lisent ce discours de diverses manières : certaines mettent l’accent sur la foi au Christ, d’autres sur la participation eucharistique, et beaucoup tiennent les deux ensemble. Le Notre Père est de même récité dans les liturgies eucharistiques depuis des siècles. Ces lectures ne sont pas des inventions simplement parce que la demande concerne aussi la nourriture.

L’ordre compte cependant. La profondeur spirituelle grandit à travers l’image concrète ; elle ne la jette pas. Jésus nourrit les foules avant de parler du pain venu du ciel. Jacques refuse une bénédiction qui renverrait une personne affamée sans les nécessités du corps. Se souvenir du Christ à table — une dimension de ce que signifie « se souvenir » dans la Bible — crée des obligations envers les corps présents à cette table.

L’écran Manne de Day 4 reprend cette forme de portion quotidienne pour sept petites cartes, comprenant notamment un verset, un encouragement et un signe dans le ciel. Le texte spirituel et la date sacrée du jour sont gratuits sans compte ; l’accès aux sept cartes Manne fait partie de l’abonnement. Les cartes numériques ne sont ni de la nourriture ni un sacrement. Ce sont simplement des lectures réparties pour une journée.

Questions fréquentes

Que signifie le « pain quotidien » : de la nourriture au sens littéral, ou davantage ?

Il comprend la nourriture littérale et peut s’étendre à ce qui entretient la vie. Le « nous » communautaire de la prière fait aussi de la provision une préoccupation partagée. Depuis longtemps, des interprètes chrétiens entendent dans ce pain des sens spirituel, eucharistique et lié au Royaume à venir. Ces couches n’ont pas à s’opposer, pourvu qu’elles ne transforment pas le besoin physique d’une personne affamée en simple métaphore.

Qu’est-ce qu’epiousios, le mot étrange traduit par « quotidien » ?

C’est le rare adjectif grec associé au pain dans Matthieu 6:11 et Luc 11:3. Comme les exemples indépendants sont presque inexistants, les traducteurs débattent : signifie-t-il « pour aujourd’hui », « pour le jour qui vient » ou « nécessaire à l’existence » ? Les anciennes traductions latines reflètent déjà cette incertitude. Affirmer qu’une seule traduction française serait incontestablement encodée dans ses racines va trop loin.

Pourquoi la manne pourrissait-elle pendant la nuit, sauf avant le sabbat ?

Exode présente ce contraste comme une partie de la formation d’Israël. Les restes conservés sans autorisation produisent des vers et deviennent infects, tandis que le reste prescrit du sixième jour se conserve pour le sabbat. Il ne s’agit pas de dire que toute préparation anticipée est mauvaise — l’exception l’exige —, mais que la provision est reçue selon le rythme de Dieu, y compris un jour où la collecte s’arrête.

Que signifie demander la portion d’aujourd’hui et rien de plus ?

Cela signifie recevoir la vie comme un don que vous ne pouvez pas garantir une fois pour toutes. Cela n’interdit ni un garde-manger, ni une épargne, ni le déjeuner de demain. Cette demande résiste à l’idée que l’accumulation rend indépendant et ramène l’attention au besoin, au prochain et à l’obéissance d’aujourd’hui. Demain, la même prière pourra être de nouveau prononcée avec sincérité.

Priez cette phrase assez lentement pour entendre le pluriel. Puis regardez la table d’aujourd’hui : ce dont vous avez besoin, ce que vous avez reçu et tous ceux qui sont inclus lorsque vous dites « nous ».

Sources :

  1. Matthieu 6:9–34
  2. Luc 11:1–13
  3. Exode 16
  4. St Andrews Encyclopaedia of Theology sur le Notre Père
  5. Guide Oxford Bibliographies sur la recherche consacrée au Notre Père
  6. Anthony Harvey, « Difficult Texts: Matthew 6.11 »
  7. Étude de Cambridge sur les interprétations d’epiousios