Signification de Colossiens 2:16 : les fêtes sont-elles encore pour nous ?
Il existe une manière de citer Colossiens 2:16 qui semble conçue pour arrêter une conversation. Une famille mentionne son premier Pessa’h, une communauté inscrit la fête des Tabernacles au tableau d’affichage, et la référence arrive seule — sans phrase autour, comme une pièce déposée au tribunal.
Usage étrange, car le verset lui-même interdit de juger les personnes auxquelles il s’adresse. Mot à mot : « Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou d’une fête, d’une nouvelle lune ou des sabbats. » — Colossiens 2:16. La signification de Colossiens 2:16 qui survit à chaque traduction est celle-ci : une interdiction de juger les destinataires, les fêtes figurant dans la liste. Les débats portent sur la phrase suivante, celle située deux versets auparavant et un passage plus difficile dans Galates.
Le verset possède une cible, et ce n’est pas celui qui garde la fête
Le verbe est krinetō, un impératif à la troisième personne, traduit par « que personne ne vous juge ». Paul s’adresse aux Colossiens tout en interdisant aux autres de les juger. Cette forme grammaticale ne tranche pas, à elle seule, la question de l’obligation d’observer les fêtes.
Vient ensuite la liste, trois noms dans un ordre que tout lecteur de l’Ancien Testament grec reconnaîtrait : heortē, une fête annuelle, puis neomēnia, une nouvelle lune mensuelle, puis sabbata, la semaine — trio qui revient dans les Chroniques, Néhémie et Ézéchiel pour désigner le cycle entier du culte public d’Israël. Paul nomme un calendrier en trois mots, il ne dresse pas une liste d’éléments isolés. Cette page s’intéresse au premier, heortē, mot employé par les Évangiles pour les fêtes de pèlerinage que Jésus monte garder (Jean 7:2). Le versant hebdomadaire se trouve dans les chrétiens doivent-ils garder le sabbat.
La phrase commence par oun, « donc », et une conclusion n’est claire que si l’on voit de quoi elle découle. Huit versets plus tôt arrive le véritable sujet : philosophia kai kenē apatē, philosophie et vaine tromperie, « selon la tradition des hommes » (2:8). Deux versets après le nôtre, mēdeis hymas katabrabeuetō, que personne ne vous disqualifie (2:18), et ceux qui disqualifient prennent plaisir à l’humilité volontaire et au culte des anges. Ascétique, visionnaire, vendu comme prix d’entrée — sans que personne puisse dire exactement de quoi il s’agissait.
Le « donc » remonte aussi dans l’autre direction, et mène au verset que l’on vise en disant que les fêtes furent clouées à la croix. « Ayant effacé l’acte dont les ordonnances nous condamnaient […] il l’a cloué à la croix. » — Colossiens 2:14. Cheirographon désigne un document manuscrit et, dans le grec courant de l’époque, caractérise souvent la reconnaissance de dette signée par le débiteur lui-même. Ce qui est monté sur la croix dépend donc du document identifié. Lisez-le comme les propres décrets de la loi, et les temps fixés se trouvent dans ce qui a été ôté. Lisez-le comme le relevé de la dette contractée contre ces décrets — l’obligation, pas la loi — et l’accusation est annulée tandis que les fêtes restent là où le verset 16 les laisse. Les versions anglaises choisissent discrètement un côté ou l’autre. Les interprètes divergent sur le rapport entre cette image du document de dette et la loi ; le mot seul ne décide pas quelles observances demeurent. Ce qui change, c’est l’image : non des croyants gardant tranquillement Pessa’h chez eux, mais des croyants auxquels on dit qu’ils sont de seconde classe sans un programme religieux particulier.
La signification de Colossiens 2:16 dépend d’un mot dans le verset suivant
Ha estin skia tōn mellontōn, to de sōma tou Christou. « Ces choses sont l’ombre des choses à venir, mais le corps est du Christ. » — Colossiens 2:17. Deux éléments de ce demi-verset accomplissent le vrai travail, et des lecteurs honnêtes se séparent sur les deux.
D’abord, skia, l’ombre. Un côté la comprend comme l’épître aux Hébreux — « la loi possède une ombre des biens à venir » (Hébreux 10:1) —, une ombre étant ce que l’on avait avant l’arrivée de la réalité ; la garder ensuite reviendrait donc à préférer le contour au visage. L’autre côté répond qu’une ombre est projetée par un corps réel et en reproduit la forme, et que estin est au présent : ces choses sont une ombre, non étaient une ombre. La grammaire porte moins qu’on ne lui demande, mais l’image coupe dans les deux sens.
Ensuite, to de sōma tou Christou. Cinq mots, aucun verbe. Presque toutes les Bibles anglaises en fournissent un — la réalité appartient au Christ —, et certaines versions littérales signalent le verbe ajouté. Le grec omet couramment ce type de verbe de liaison ; son absence n’est donc pas, à elle seule, un argument contre cette traduction. Une lecture minoritaire prend sōma selon l’emploi le plus marquant de ce mot dans cette lettre, l’Église (1:18, 1:24), transformant la proposition en déclaration sur celui qui peut arbitrer. Ce n’est pas le consensus, et cette page ne fermera pas la question.
Paul n’écrit jamais « cessez de les garder », mais le verset 20 demande pourquoi, étant morts avec Christ aux principes élémentaires, vous vous soumettriez encore à des ordonnances. La question de savoir lequel des deux gouverne le paragraphe n’est pas résolue.
Galates 4:10 est le passage le plus difficile
« Vous observez les jours, les mois, les temps et les années. Je crains d’avoir inutilement travaillé pour vous. » — Galates 4:10–11. Le ton est sans ambiguïté : c’est une alarme. Paratēreisthe est à la voix moyenne : surveiller attentivement, suivre avec scrupule, et Paul craint que tout son travail parmi eux n’ait servi à rien.
Le contexte compte toujours. Deux versets plus tôt : « lorsque vous ne connaissiez pas Dieu, vous étiez esclaves de ceux qui, par nature, ne sont pas des dieux » (4:8) — un passé païen, pas juif. Puis : comment retournez-vous de nouveau aux faibles et pauvres stoicheia (4:9) ? Ce passé païen importe, mais les interprètes divergent : ces jours sont-ils des observances juives ou un retour aux anciennes pratiques calendaires ? Paul s’inquiète d’un nouvel asservissement ; le différend sur la circoncision en Galates 5:2–4 appartient à ce contexte. L’expression « de nouveau » ne permet pas, à elle seule, d’identifier le calendrier en cause.
La séparation se produit deux fois, pas quatre
Personne dans ce débat ne rejette Paul. C’est justement ce qui en fait un débat. Et les quatre positions que l’on nomme ne sont pas des suppositions indépendantes. Elles naissent de deux décisions, prises dans l’ordre.
La première demande si une ombre cesse d’avoir lieu d’être quand arrive ce qui la projette. La majeure partie de l’Église occidentale répond oui, par deux voies. La voie réformée divise la loi en morale, civile et cérémonielle, et tient la partie cérémonielle pour abrogée en Christ, comme ses confessions l’affirment explicitement ; 2:16–17 se lit donc directement — ombre, réalité, aucune obligation. L’enseignement catholique décrit l’accomplissement dans un autre cadre : les temps fixés sont accomplis, repris dans le mystère pascal.
La seconde décision ne concerne que ceux qui ont répondu oui, et c’est là que Rome et Genève se séparent. Si Lévitique 23 n’est plus gardé sous forme de dates, quelque chose prend-il sa place dans le calendrier annuel ? L’enseignement catholique répond par l’année propre de l’Église, qui n’est pas traitée comme une décoration facultative. Les Églises réformées divergent sur le calendrier ecclésial annuel, tout en accordant un poids particulier au culte hebdomadaire ; certaines rejettent les observances non prescrites dans l’Écriture, plutôt que de considérer simplement toute fête annuelle comme facultative.
Deux traditions répondent autrement à la première décision. Les assemblées juives messianiques et celles des Racines hébraïques estiment que l’accomplissement approfondit une répétition au lieu d’y mettre fin, et pour de nombreux croyants juifs les fêtes ne sont pas une doctrine, mais la forme que l’année familiale a toujours possédée. Personne ne peut toutefois les citer comme un bloc. Aucune autorité unique ne parle au nom de toutes ces communautés ; les organisations ont leurs propres normes, et les pratiques vont d’un séder annuel à un calendrier lévitique complet. Ainsi, la formule « l’enseignement messianique affirme que… » doit inspirer une méfiance immédiate.
Une lecture traditionnelle des adventistes du septième jour divise plutôt la liste même du verset. Le sabbat hebdomadaire appartient à la loi morale du Décalogue et demeure. Les sabbats annuels de Lévitique 23 sont cérémoniels et ne demeurent pas ; Colossiens 2:16 serait donc dirigé vers eux. D’autres interprètes adventistes nuancent cette explication. Dans sa forme la plus forte, cette lecture traditionnelle prolonge d’une distinction la division morale et cérémonielle des réformés. Sa forme la plus faible s’appuie sur le pluriel grec sabbatōn, qui ne peut porter ce poids — le pluriel est une forme grecque ordinaire pour désigner un seul sabbat.
La plupart des personnes qui citent ce verset ont reçu la première décision avant de savoir lire et n’ont jamais rencontré la seconde. Voilà pourquoi les commentaires évoluent si rarement.
La seule chose que le verset interdit dans les deux directions
Regardez la circulation autour de ce verset. Quelqu’un garde une fête, quelqu’un d’autre cite Colossiens 2:16 pour l’en empêcher, et une phrase sur le refus de juger devient un jugement. La circulation va aussi dans l’autre sens, celui que les gardiens des fêtes vérifient rarement : rien dans Lévitique 23 n’autorise à regarder une famille manger du jambon à Noël et à conclure quoi que ce soit sur sa position devant Dieu. Romains 14:3 ferme les deux voies — les personnes libres ne doivent pas mépriser les scrupuleuses, et les scrupuleuses ne doivent pas condamner les libres.
Reste la question du légalisme, réelle et presque toujours mal posée. Le légalisme n’est pas une quantité d’observance. C’est une théorie de ce que votre observance vous procure devant Dieu. Un agneau rôti au printemps n’est pas du légalisme, et l’omettre n’est pas la liberté. Le diagnostic est ce que vous ressentiriez en le manquant. Une perte, ou une mise à nu.
C’est aussi là qu’une application calendaire doit connaître sa propre taille. Day 4 nommera les temps fixés dans Feasts et montrera dans Calendar où ils tombent face aux jours que vous gardez déjà — utile, mais hors sujet ici, parce que ce débat ne concerne pas les dates. L’application laisse volontairement intacte la question de votre obligation, pour les raisons données dans pourquoi Day 4. Un témoin peut désigner une chose. Il n’a pas le droit de vous citer à comparaître.
Questions fréquentes
Que dit réellement Colossiens 2:16 au sujet des fêtes et des nouvelles lunes ?
Il dit que personne ne vous juge au sujet du manger ou du boire, d’une fête, d’une nouvelle lune ou des sabbats — raccourci de l’Ancien Testament pour le culte annuel, mensuel et hebdomadaire, si bien que tout le calendrier d’Israël est en vue. Paul s’adresse aux Colossiens tout en interdisant aux autres de les juger ; cette grammaire ne tranche pas, à elle seule, l’obligation d’observer ces jours.
« L’ombre des choses à venir » signifie-t-elle que les fêtes sont terminées ?
Voilà la véritable ligne de fracture. Hébreux 10:1 emploie la même image pour quelque chose qui est dépassé, argument solide. En face, une ombre est projetée par un corps réel et en reproduit la forme, et le verbe de Paul se trouve au présent. Des lecteurs sérieux tiennent les deux positions, et Day 4 ne prétend pas trancher.
Garder les temps fixés est-il du légalisme ?
Pas par le simple fait de les garder. Galates attaque une observance adoptée pour établir sa propre position devant Dieu, chose possible avec une table de Pessa’h comme avec une présence dominicale impeccable. Une fête reçue plutôt que gagnée ne change rien à la manière dont quiconque est justifié.
Un chrétien peut-il garder librement les fêtes sans être sous la loi ?
De nombreux chrétiens lisent Colossiens 2:16 ainsi : ils distinguent l’observance volontaire du fait d’en faire une condition d’acceptation devant Dieu. D’autres comprennent autrement le rapport à l’ancienne alliance. Day 4 ne tranche pas ce débat plus large, et ce verset ne devrait pas servir à surveiller un autre foyer.
Si vous les gardez, gardez-les librement
Lisez tout le paragraphe avant d’en citer une ligne. Les versets 8 à 23 répondent à des personnes qui avaient transformé la religion en porte d’entrée ; extraire une ligne pour en faire une porte est une étrange manière de l’honorer.
Si vous cherchez encore à comprendre ce que sont les temps fixés, commencez par un guide simple des temps fixés. Si la question concrète concerne la fête du printemps, voyez les chrétiens doivent-ils célébrer Pessa’h. Décidez ensuite devant Dieu plutôt que dans un fil de commentaires, puis accordez à celui qui décide autrement exactement ce que Paul vous a dit d’attendre pour vous-même.